À propos

L'auteur se veut touriste chaque jour. L'architecture et l'espace sont au coeur des questionnements. Le processus artistique Tourisme-Vernaculaire, se caractérise par deux volets. D’une part la forme. En effet, le choix du lieu, les balades, les cartes-postales, les lieux créés, les souvenirs, le matériel et l’invisible, sont les outils. D’autre part le fond. C’est ce que les actions induisent sur les participants, ainsi que les effets physiques modifiés dans l’espace, mais aussi la réflexion qui accompagne le travail. En voici un aperçu.

Rendre visible l’imperceptible
Le Tourisme-Vernaculaire se veut le microscope de l’espace environnant. Qu’il soit urbain, périurbain, périphérique ou campagnard, il s’agit bien d’organiser des ambiances unitaires et de créer des jeux d’évènements pour modifier le rapport à ce même espace.

Prenant appui sur des expériences et protocoles variés, le Tourisme-Vernaculaire inventorie un vaste champ des possibles pour vivre notre quotidien et ouvre des perspectives stimulantes pour cerner les non-limites de l’espace public.

Qu’est ce qui vaut le détour ?
Le tourisme sélectionne minutieusement depuis des décennies ce qui rentre ou non dans les guides ou cartes touristiques. Quel bâtiment sera ou non patrimoine, monument ou édifice classé. Mais quelle légitimité a-t-il ? Le Tourisme-Vernaculaire prend tout à fait un autre parti pris. Tout est regardable et tout a une magie volumétrique contrastée et appréciable. Il ne parle pas de « beau » ou de « laid », mais d’espace, de perception et de manière de vivre l’action.

Les règles du jeu
Tantôt art, tantôt objet de distraction, le jeu tend à nous réconcilier avec nous-mêmes. La joie et la satisfaction que le jeu nous procure, nous permettent de vivre harmonieusement nos passions, aussi laborieuses soient-elles. Le tourisme est une forme forte de loisir pour nos sociétés. Le propos du Tourisme-Vernaculaire est d’en faire un jeu. Plutôt de se jouer de lui. Les protocoles sont reproductibles et chacun peut s’en amuser et en inventer d’autres. Les effets de ses protocoles portent en eux la problématique liée à notre conditionnement social. Comment faire face lorsque l’on est confronté à une scène hors de son contexte habituel ?

Effets des protocoles
Ces effets sont notoires sur les balades. Lors des balades touristiques les participants adhèrent à une forme de passivité. Ils écoutent et acceptent tout ce que le guide peut bien leur dire alors que le Tourisme-Vernaculaire invite à une forme d’action. Il change les règles du jeu et les promeneurs deviennent acteurs. Les réactions parfois violentes auxquelles j’ai été confrontée sont à la hauteur de la déstabilisation provoquée par l’énoncé.

Le Tourisme-Vernaculaire comme détournement
Le tourisme est un domaine que le capitalisme a transformé. En quoi la découverte de rues et bâtiments serait-elle séparée de la vie quotidienne ? Pourquoi des rues valent-elles plus le coup d’œil que d’autres ? C’est ce que le Tourisme-Vernaculaire promeut. Un tourisme quotidien et libre. Un jeu de tous les instants avec nos propres règles. Si c’est un art, il se veut sans barrières. Le propos est de reprendre ces actions, cet émerveillement.

Ce travail artistique de Tourisme-Vernaculaire interroge la situation périphérique de l’institution en s’appuyant et se questionnant sur l’intervention artistique dans de multiples espaces hors du champ artistique a priori. Il s’agit donc, aussi, d’infiltrer les lieux touristiques afin de détourner les moments qui y sont provoqués. Le Tourisme-Vernaculaire prolonge cet instant-là. On n’est pas touriste le matin, passant l’après-midi. C’est un état permanent qui va à l’encontre de ce que le capitalisme nous a conditionnés à assimiler comme étant du « tourisme ». Je peux flâner quand je veux et où je veux. Le Tourisme-Vernaculaire porte en lui la réflexion sur la liberté et le libre arbitre que nous permet l’espace, l’urbanisme et l’agencement des volumes et perspectives qui nous entourent.

Le Tourisme-Vernaculaire est un détournement. Cette forme détournant un domaine capitaliste comme le tourisme est une méthode délibérément construite. Elle témoigne de l’usure des usages capitalistes de ce domaine. L’inutilité du Tourisme-Vernaculaire et sa facile reproduction en font un outil de changement des éléments esthétiques et fonctionnels de notre quotidien. Quotidien, préalablement choisi et présidé par le capitalisme. Si nous devons vivre avec lui, au moins permettons-nous de s’en divertir.

Art
« ç'a le goût du tourisme, ça ressemble à du tourisme, mais ce n’est pas du tourisme. »
Message sur Carte-Postale trouvée à Paris datant de 1992